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Appel à la solidarité avec les manifestants en Macédoine

Dans la nuit de mardi (5 mai 2015), des milliers de citoyens macédoniens ont manifesté devant le siège du gouvernement appelant à la démission du premier ministre Gruevski et de son cabinet. Les enregistrements de conversations entre membres du gouvernement diffusés quelques heures plus tôt ont révélé que le premier ministre et la ministre des affaires intérieures étaient directement impliqués dans la dissimulation de preuves concernant le meurtre d’un jeune homme de 22 ans tabassé à mort par un officier de police de service au moment des faits en juin 2011.

Ce qui avait commencé comme une manifestation pacifique contre la brutalité policière a rapidement dégénéré lorsque les manifestants ont brisé le cordon de sécurité et se sont 1rapprochés du siège du gouvernement. En quelques heures des centaines de membres des forces spéciales armés jusqu’aux dents ont brutalement chargé contre les manifestants à l’aide de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogène pour disperser la foule, la police a également menacé d’utiliser des canons à eaux qui n’auront finalement pas servi. Une fois l’action policière terminée, plusieurs dizaines de citoyens ont été arrêtés, certains ont même été traqués jusqu’aux confins du centre de la ville. Dans la chasse aux manifestants, les forces spéciales de police ont été jusqu’à violemment pénétrer dans une bibliothèque universitaire publique y harcelant les étudiants qui se trouvaient là. Plus de manifestants que d’officiers de police ont été gravement blessés ainsi que quelques passants. Quelques 40 activistes ont été arrêtés. Des manifestations se tiendront chaque jour à 18h.

Alarmés par l’utilisation excessive de la force par les officiers de police à Skopje ce mardi, nous craignons que les confrontations continuent de dégénérer. Nous n’avons aucun doute sur le fait que Gruevski refusera de démissionner et est prêt à pousser les forces de police jusqu’aux plus tragiques extrêmes pour maintenir sa mainmise sur le pouvoir étatique et ses ressources.

L’enregistrement qui a provoqué les manifestations n’est que le dernier d’une série de mises sur écoute que le plus grand parti d’opposition, les Socio-Démocrates, diffuse publiquement. Ce qui a commencé comme la publication de preuves de mises sur écoute 2de 20.000 citoyens orchestrées par le premier ministre et son cousin, directeur de l’agence de renseignement, Sasho Mijalkov, s’est rapidement révélé être encore plus scandaleux. Quelques 30 sets d’enregistrements ayant fuité ont mis en lumière des fraudes électorales, un contrôle complet sur la justice et les médias, des intimidations et menaces directes envers tous ceux qui ne soutiennent pas le parti, de vastes détournements de fonds publics et de propriétés publiques à des fins privées, de la corruption à grande échelle. Ces enregistrements ont démontré que sur les 9 ans depuis qu’il est au pouvoir, Gruevski a transformé l’état en un réseau criminel entièrement dédié à protéger ses intérêts personnels et ceux de l’élite au pouvoir, leur famille et amis, et à maintenir un système de contrôle complet sur le public à travers l’utilisation permanente de propagande.

Le contrôle quasi-total sur les médias a limité les informations disponibles pour le public macédonien sur ces enregistrements, les manifestations et la brutalité policière. Les réseaux sociaux et quelques médias en ligne sont les seules sources d’information.

Cette lettre émanant de citoyens, d’activistes, d’académiciens inquiets des récents développements en Macédoine représente une tentative d’attirer l’attention sur ce qu’il se passe dans le pays.

Nous soutenons les demandes des manifestants appelant à une démission du gouvernement. C’est aussi un appel à votre solidarité avec ces citoyens demandant justice et liberté.

En outre, nous appelons les forces de police de Macédoine à montrer leur solidarité avec les citoyens, d’éviter toute violence disproportionnée et de refuser toute requête qui serait contraire à la Constitution et qui violerait les droits et libertés des manifestants.

Enfin nous appelons les médias, nationaux ou internationaux, à rapporter objectivement les faits sur les évènements dans le pays.

Si vous désirez joindre votre nom ou celui de votre organisation à la liste de soutien, écrivez-nous à prekugranicenkomitet@gmail.com avec le titre SOLIDARITY WITH MACEDONIA’S PROTESTERS

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